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VHS - Vestron Video

Publié le

VHS - Vestron Video

Ils l'ont nommée Vestron,  d’une déesse antique, Vesta, flamme sacrée du foyer accouplée à l’instrument grec, "tron", comme si chaque cassette soigneusement insérée devenait un rituel, un sacrifice au dieu du genre.

1981, Austin Owen Furst Jr. ériga un temple magnétique, rachetant les archives de Time-Life pour qu'à la luminescence de l'aube vidéophile, le foyer américain puisse découvrir une nouvelle prière : celle de la location, des salons transformés en salles obscures, des rayons de vidéoclubs qui s’embrasent sous la couleur bordeaux des jaquettes Vestron.

Mais ce n’est pas l’Amérique seule qui vibrera sous leur bannière, car à Paris, rue Rambuteau, un bastion discret se mettait en oeuvre. Et sous l’écorce bureaucratique, une alchimie s'opéra dans l'art de sublimer des productions signées Charles Band : "Re-Animator", "Ghoulies", "Dolls", "Futur Cop"... des résurrections indépendantes où le latex saigne et où la chair se mutile dans des éclats de rire et d'effroi.

Une collection venue d'ailleurs
Une collection venue d'ailleurs

Une collection venue d'ailleurs

En puisant dans les fonds des studios comme Cannon, Hemdale, DeLaurentis ou Orion, Vestron bâtit un catalogue aux contours désaxés, tissant une cartographie du cinéma bis, du post-nuke au film de monstre, du body horror au film d'action, de l'enfer mécanique au paradis magnétique. Et même lorsque l’accord avec Orion s’arrête, Vestron n’hésite pas à se lancer dans ses propres productions, marquant un coup d’éclat planétaire avec le phénomène "Dirty Dancing". C'était une époque où l’on osait le pulp sans honte, où "Invasion USA" hurlait dans les bacs, et Chuck Norris, fusil en croix, promettait le chaos dans un décor d’Amérique en ruine.

Les amateurs de l’étrange avaient trouvé leur Saint Graal, taillé comme un écrin d’orfèvre pour cassette miraculeuse. 

Ce qui distingue encore aujourd’hui les VHS Vestron, c’est en effet leur identité matérielle radicale, ce boîtier bordeaux, immense, solide, dense, reconnaissable entre mille, confectionné pour durer comme si la VHS anticipait son propre fétichisme futur. À l’intérieur, pas de flottement, puisque la bande y reposait immobile, droite, comme un totem que l'on n'osait pas prendre entre ses mains. On aurait dit que la cassette elle-même était consciente des fragments de puissance qu'elle contenait. Et puis il y avait les jaquettes, parfois hantées par des visions de terreur signées Laurent Melki, hallucinées, peintes comme des fièvres fantasmagoriques où la mort avait des couleurs criardes. "Purgatoire", "W", "Light Blast", "Interface", des noms cryptiques faisant écho dans la matière grise de ceux qui cherchent encore ces VHS non rééditées, comme si elle s'apparentaient finalement à des perles égarées dans le néant de la dématérialisation.

De la série B comme on les aime
De la série B comme on les aime
De la série B comme on les aime

De la série B comme on les aime

Ces trésors intouchés par le DVD et ignorés du Blu-ray, se réfugient aujourd'hui dans les rangées accueillantes des collectionneurs passionnés.

Car chez les collectionneurs de VHS, Vestron s'avère être bien plus qu’un simple label... C’est un signe de goût, une preuve de quête intensive ou une heureuse opportunité, un fragment d’histoire physique inoubliable entre les mains.

Chaque acquisition devient une victoire, chaque jaquette retrouvée un petit miracle, et parfois, dans un vide-greniers, le boîtier bordeaux surgit comme une relique interdite et fantasmée, attendue depuis des années, convoitée par les spécialistes à l'affût. Ils sont peu à pouvoir en brandir une, une véritable Vestron Video dans son boîtier d’origine, ces archéologues modernes des vidéoclubs disparus. Mais ceux qui le font, le font comme on exhume l'artefact d'un lieu sacré. Leurs mains tremblent, leurs yeux brillent, et un silence solennel surplombe la pièce.

Puis le temps passe, "Dirty Dancing" danse son dernier slow, et Vestron s’effondre, absorbée par Live, puis par Artisan, puis par Lion Gates. Les dieux du foyer sont morts, mais leurs reliques vivent encore dans les caves, les brocantes, les étagères secrètes des plus fous. Aujourd’hui, Vestron est un symbole liturgique, un mot de reconnaissance entre initiés, un signe de ralliement pour ceux qui n’ont jamais cessé de croire qu’une VHS est un authentique coffre ancien, un récit enfoui, un chant analogique à l'ère du silence numérique.

Écoutez bien... Vous l'entendez raisonner au loin ?.... Cette mélodieuse symphonie du cinéma oublié.

Elles veulent jouer avec vous, dans votre magnétoscope
Elles veulent jouer avec vous, dans votre magnétoscope

Elles veulent jouer avec vous, dans votre magnétoscope

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