VHS dystopiques - Rétrofuturisme
Dans les années 80, le cinéma d'exploitation invente un univers parallèle, un futur proche post-apocalyptique, un monde ravagé par la dystopie, un décor fait à la fois de ruines civilisationnelles et de progrès technologiques, un espace où les motos argentées bardées de plastiques scintillant rencontrent les robots bricolés sous le "piou-piou" sonore des armes à laser. Ces films montent aux extrêmes l'influence de "Mad Max" et "Escape for New-York" tout en y ajoutant une note antique, cruelle et étrangement poétique.
Le passé et le futur ne font qu'un, l'antique se mêle à la technologie, et le spectacle de gladiateurs se fait sur deux-roues chromatiques, avec costumes fluo, dans le décor cheap d'une cité tentaculaire abandonnée à la violence. Certains joyaux du genre nous ramènent à un futur imaginé par le passé des années 80, avec cette naïveté si imparfaite, si attachante, et si imaginative. Leur reconstitution hasardeuse se conjugue aux codes archaïques, ce qui donne à leur esthétique cheap un charme irrésistible. La civilisation détruite revient aux origines, tout en essayant de reconstruire une technologie hypnotique. Les motifs antiques deviennent ceux d'un avenir en péril, où l'épée côtoie la moto, la viande carbonisée s'avoisine avec les néons, et la machine trempe dans la poussière.
Ce qui rend ces nanars touchants, c'est leur conviction... Chaque explosion est filmée en gros plan, chaque cascade (de cascadeurs ou de mannequins en mousse) semble commandée par un gamin en train de jouer. Ces films possèdent un vrai rythme, une sincérité authentique, et ce qu'ils perdent en crédibilité, ils le gagnent en caractère.
Il n'est point étonnant de voir ces concentrés d'absurdité être prisés par les collectionneurs de VHS. Car, aussi nullissime soit-ils, ces films sur VHS incarnent l'amour du bizarre, du futur rétro, et de la nostalgie croisée à l'ambition. On y retrouve des musiques somptueuses (notamment celle du "Chevalier du monde perdu" et de "2072, Les Mercenaires du futur"), ainsi que des jaquettes au visuel incandescent qui promettait des mondes à la fois détruits par la rouille et brillants de splendeur. Toutes ces bisseries ne sont rien d'autres que des poèmes brisés dans le rêve cauchemardesque d'une génération qui s'est égarée dans l'imaginaire improbable d'un avenir plastique, rugueux, bruyant, chromatique et chaotique. Le sable noire, scintillant de soufre, se colle au vestige kitsch d'un monde que le cinéma d'exploitation a sauvé de l'oubli.
Jamais plus nous ne reverrons ce genre de pépites, à moins qu'un film auto-parodique à la "Kung Fury" ne voit le jour. Quoi qu'un certain "Fury Road" accompagné de "Furiosa" peut nous proposer une démence mécanique à la hauteur de nos attentes. Mais quand est-il des gladiateurs du futur et des chevaliers de l'apocalypse ? J'espère qu'ils reviendront un jour dans les sombres ruelles d'un New-York dévasté par la vermine du Bronx...
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