VHS - MPM Productions
Il existe des noms que l'on prononce tendrement à voix basse dans les cercles restreints des collectionneurs. Des noms que le grand public a oubliés, mais que les initiés n'ont jamais cessé d'admirer. MPM Productions est de ceux-là. Un éditeur à la fois évanescent et démesuré, tel une météorite passée dans le ciel des vidéoclubs français, laissant dans son sillage des jaquettes hallucinées, des films perdus, des genres en fusion, avec une forme de génie désordonné, mais profondément sincère.
Derrière ces trois lettres mystérieuses, MPM, se cache Marc Porteu de la Morandière, pionnier touche-à-tout de la vidéo hexagonale. Dès 1973, avec ses parents, il touche la pellicule, la bande, et son support. Ainsi c'est en mars 1981 qu'il fonde sa propre structure, MPM Productions, nichée dans un immeuble à deux pas des Chapms-Elysées, aux côtés de SVP Production de Sergio Gobbi, où Marc avait déjà fait ses premières armes. Le décor est alors planté : un Paris cinéphile, artisanal et un peu bordélique. Puis très vite, il est rejoint par son père, François de la Morandière, son indéfectible complice, et tous deux donneront naissance à l'un des catalogues VHS les plus barrés et insaisissables des années 80.
Western spaghetti, horreur sans compromis, polar poisseux, ninjas improbables, sexy-comédies, érotisme sulfureux, ovnis expérimentaux, bref, MPM c'est tout ça à la fois. La société ne cherchera jamais à s'imposer comme une maison d'édition cohérente, et sa perdition est justement ce qui fait son charme aujourd'hui. C'est tout une myriade de collections éclatées comme autant de visages d'un même monstre : Master Production et sa quarantaine de titres distribués en 1982-83, ABC Productions et ses quelques raretés jamais sorties en salles, Marc Moran Video et son apothéose du n'importe quoi génial, Hollywood Cartoon/Classic etc.. et sa tentative de nommer l'inclassable. Chaque collection semble être une tentative différente de capter quelque chose d'insondable, en traversant les sentiers du genre, du bis, du choc visuel et du décalé.
Certains titres sont d'ailleurs devenus légendaires, aussi bien pour leur contenu que pour leur pouvoir d'évocation graphique, plus particulièrement le très célèbre "Face à la Mort", traumatisme fondateur de toute une génération de vidéoclubs, ou encore "Cannibal Ferox", à la limite du soutenable par son affiche iconique et dérangeante.
J'offre une mention spéciale pour mes chouchous qui sont "Crocodile Fury", mon nanar préféré et son hallucinante jaquette, "Ninja American Warrior, sublime dans son kitsch hypnotique, ou encore "Les Possédées du diables" promesse fantastique d'un film bien plus érotique, dont la jaquette ouvre la porte du rêve et de l'effroi. Une vraie galerie d'art à base de jaquettes dessinées, d'explosion de couleurs, de typographies imposantes, et de goûts pour l'improbable et l'interdit.
MPM n'a jamais cherché à entrer dans l'histoire, et pourtant, aujourd'hui, chaque VHS signée MPM est un petit bout de patrimoine. Beaucoup de ces films ne sont jamais sortis en DVD, certains sont devenus des reliques de l'étrange. Et derrière tout ça, il n'y a ni cynisme, ni calcul. Seulement des erreurs, des égarements, de la naïveté, et du génie brut. Et c'est précisément cela qui rend MPM émouvant. Un foutraque magnificent qui comporte des titres si recherchés qu'ils en deviennent des légendes.
Marc et François ne sont peut-être pas des architectes d'un empire, mais ils sont sans aucun doute les poètes d'un temps révolu. Des gardiens maladroits et brillants d'un cinéma que l'on oublie trop souvent.
MPM est mort comme il a vécu, en dehors des codes, dans l'ombre, et sans jamais demander à être pris au sérieux. Mais ceux qui tiennent encore dans leur mains un exemplaires de La Chose (The Deadly Spawn), où qui tombent par hasard sur "Face à la Mort" ou "Deathshow", savent qu'ils tiennent un trésor. Et dans chaque bande magnétique fatiguée, c'est l'écho d'une époque qui revient, celle où l'on découvrait le monde non pas sur Netflix, mais dans un rayon poussiéreux du vidéoclub du coin.
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