VHS - Fil a Film
Au tout début des années 80, dans un pays où l'image se dispute à la pellicule, Jean-François Davy, jeune philosophe converti en réalisateur, comprend que le cinéma ne se vit pas qu'en salle, mais aussi chez soi, sur la lumière vacillante d'un téléviseur à tube. C'est ainsi aux côtés de Brigitte Delos qu'il fonde une structure visionnaire, Fil a Film, une société d'édition vidéo qui allait, en moins d'une décennie, devenir un empire du magnétisme. En quelques années, plus de 1500 titres, dont plus de 1200 en VHS, viendront peupler les étagères des vidéoclubs de France, allant du porno au film d'auteur, mais aussi du fantastique au documentaire, dans un éclectisme insensé, mais à la portée de tous.
Fil a Film devient alors une encyclopédie vivante du septième art offerte au grand public sous diverses collections : Les Grands cinéastes, La collection Palme d'Or/Caméra d'Or, la série Au-delà du réel, ou encore Les Films de ma vie avec la fameuse voix-off de François Truffaut lui-même. Mais la société ne s'arrête pas là, car elle devient aussi un acteur majeur du X français, avec sa Prestige Collection qui regroupe l'essentiel des films de Michel Caputo, ainsi que les rares films gay français des années 80. Aussi, Fil a Film ne se contente pas d'éditer : elle produit, duplique et distribue. Elle fonde Vidéo-Pousse, un des plus gros laboratoires de duplication de France, installé dans l'Eure. Elle met également en place un service de vente Minitel (3615 FilaFilm), et sert même de plateforme de diffusion pour de petits éditeurs comme American Video, Symphonia ou Spectrum. L'ambition transforme alors Fil a Film en vaisseau amiral, et les vidéoclubs se retrouvent inondés de titres, des plus prestigieux aux plus étranges (pour ma part je pense à une pépite comme Tom et Lola film de science-fiction poétique jamais ressorti en DVD, ainsi qu'en parallèle Clash Commando, joyau improbable du cinéma de ninja devenu culte chez les nanardeux).
.
Bien sûr, il est impossible d'évoquer Fil a Film sans rendre hommage à Laurent Melki, le maître des jaquettes flamboyantes. Ses illustrations signent plusieurs titres majeurs du catalogue : La nuit des morts-vivants, Alice Sweet Alice, La Longue nuit de l'exorcisme etc... Il offre à ces films des visages sublimés de noirceur, des couleurs hyperréalistes et des corps chatoyants en fusion.
Puis en 1992, tout vacille : plus de 150 millions de francs de dettes, notamment auprès d'Altus Finance, filiale de Crédit Lyonnais. Fil a Film s'effondre, emportée par sa propre démesure. Mais Davy rebondit avec Opening, nouvelle structure orientée vers le cinéma et le DVD. Quant à Brigitte Delos, elle fonde Fravidis et prolonge l'aventure jusqu'en 2012. À la fin de ce règne de la VHS, on se souvient tout de même de ce bon vieux Fil a Film, tel un empire dont les ruines brillent encore sur nos étagères. Nombreux sont les titres à rester inédits encore aujourd'hui, et son logo posé délicatement en bas de chaque jaquette nous rappelle que l'achat d'une VHS se fait avant tout pour l'amour du cinéma, aussi bien populaire qu'indépendant, aussi bien chiadé que fauché.
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_d0af8a_fil-a-film.jpg)
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_7da626_img-20250601-190235.jpg)
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_8a2641_img-20250601-190033.jpg)
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_3d2ac3_img-20250601-190110.jpg)
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_7c8635_img-20250601-190204.jpg)
/image%2F7127395%2F20250729%2Fob_f2b53c_img-20250601-190134.jpg)