Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

VHS - René Château, la forteresse noire de la vidéo en France

Publié le

L'emblème d'une époque de grandeur

L'emblème d'une époque de grandeur

Il apparaît agressivement en 1981 comme un fauve nébuleux surgissant de l’espace insondable, accompagné par l’ouverture martiale de Strauss, comme si "2001, l’Odyssée de l’espace" avait trouvé un écho métallique dans la bande magnétique. Le monolithe était là, sur nos terres. Son emblème ? Une panthère noire, au rugissement menaçant, déchirant les ténèbres telles des griffes de la nuit analogique. Son nom ? René Château. Son ambition ? Donner vie, du bout de la cassette, à un genre clandestin qui criera sa peur et sa fureur dans chaque foyer.

Le roi de la vidéo, désireux de trôner sur le marché du cinéma sans aucune subvention, exhume en 1979 le patrimoine cinématographique français en redécouvrant et en restaurant un catalogue important de films sous-évalués, avant de s'élancer vers des galeries plus caverneuses, poisseuses, et crépusculaires. Le premier rejeton de ce diable opposé à la censure ? "Massacre à la tronçonneuse", l’édition intégrale colorée, en version originale sous-titrée, devenue relique de la mort, première bouteille lancée à la mer du choc, sévèrement boudée à sa sortie, et pourtant devenue star quelques temps après. Vint ensuite une vague déferlante d'hémoglobine avec "Maniac" de Lustig, "Zombie" de Romero (sorti d'abord en version originale sous-titrée, puis en version française avec la plus belle affiche existante de ce film) "Chasse sanglante", "La Marque du Diable", "Inséminoïd", "La Maison de la Terreur" etc... Chacun de ces titres, estampillé "strictement interdit aux moins de 18 ans", était un défi jeté au ministère de la Culture, un talisman des enfers sur fond noir, lettrage jaune et blanc comme pour capter le regard des plus avertis. Et enfin, globe oculaire sur le gâteau, vint l'arrivée de séries B sulfureuses et glaçantes : "Frayeurs", "Ténèbres", "La Maison près du cimetière"... Des titres raisonnant comme des murmures d'outre-tombe où flottent les âmes en peine dans un bain se sang.

L'esthétique fabuleuse de l'angoisse venimeuse
L'esthétique fabuleuse de l'angoisse venimeuse

L'esthétique fabuleuse de l'angoisse venimeuse

Ces VHS sont de véritables totems cérémoniels : boîtier noir compact, inscriptions en lettres jaunes éclatantes sur l’obscur, jaquettes vibrantes de couleurs chatoyantes, visuels magnifiés par la loupe du genre. Chaque version, en couleur, intégrale, était une peinture délibérée, un artisanat visuel forgé par la main d’un artisan amoureux du détail.

René Château c'est l’étranger devenu gardien du patrimoine fantastique.

Seulement, il n’a pas seulement collectionné la violence, mais aussi conservé le fragile. Il a acquis, avant tout le monde, les catalogues de pellicules hexagonales tombées dans l’oubli, films de Couzinet, Marceau-Cocinor, Rivers, transformant la VHS en musée populaire invisibilisé par les institutions. Car avant que l’État ne s’éveille, c’était lui qui tenait le flambeau de la Mémoire du cinéma français, avec pas moins de 580 titres édités en 2006. Ce sont ses jaquettes éblouissantes et ricanantes qui nourrissaient des rêves et des frissons : la typographie, les couleurs, ces lettres incantatoires, la panthère posée telle une garde silencieuse, la marque René Château était celle de la magnificence patrimoniale imprimée sur des jaquettes ornées par l'art royal.

Et puis, au cœur même de ses inspirations, règne la sublimité gothique de la "La Charrette Fantôme", "La Main du Diable", et surtout "La Belle et la Bête" de Cocteau, des splendeurs oubliées à l'érotisme visuel rare, aujourd’hui presque mythiques, qui commencent à susciter une passion renouvelée parmi les collectionneurs éclairés, comme des rêves hallucinogènes gravés sur bande, convoités pour leur pouvoir esthétique, pour le rituel qu'ils portent, pour la richesse d'une histoire... de LEUR histoire.

L'aura sculptée dans la nuit
L'aura sculptée dans la nuit
L'aura sculptée dans la nuit
L'aura sculptée dans la nuit
L'aura sculptée dans la nuit

L'aura sculptée dans la nuit

Issu de la rue, du ciné‑club, de la revue fanzine, de Belmondo, René Château connaissait le spectacle, la mise en scène populaire, le goût du grain, du choc, de l'intensité. Il a su imposer Bruce Lee en France avec "La Fureur du Dragon" et ses autres titres cultes. Il a lancé Massacre à la tronçonneuse à 900  francs (environ 140 euros pour l'époque) au Drugstore des Champs-Élysées, sans peur de l’interdiction, conscient que la cassette était son lieu de résistance. Une cassette vendue, louée, chuchotée comme un secret prohibé, avec une phrase d'accroche lancée comme un cri de guerre.

Puis avec des rumeurs à demi murmurées (Gérard Lebovici, Belmondo, procès perdus, livre noir jamais publié) René Château devient un personnage de légende, un monsieur X de la vidéo, toujours un peu à l’écart, mais toujours dangereux. Sa collection terrorise ? Non. Elle fascine. Comme une étiquette sur l’au-delà.

Tandis que les chaînes et les studios balayaient du revers de la main les films de marché, le terroir français, le pulp, le charnel et l'interdit, René Château, lui, les rassemblait comme des orphelins aux portes d'un monastère. Il était leur abbé, leur imprimeur, leur prophète. 

Et Punch Video, sulfureux, obscène, outrancier, rejoignait les étagères poussiéreuses des passionnés de grinhouse. Et aux côtés de Bruce Lee ressuscité par la Bruceploitation, il y avait Brigitte Lahaie, Dyanne Thorne, les karatekas, les ninjas, percutant toujours la morale avec grâce et fureur. 

Une icône culturelle imbattable
Une icône culturelle imbattable
Une icône culturelle imbattable
Une icône culturelle imbattable

Une icône culturelle imbattable

Aujourd'hui, les VHS René Château sont des manuscrits scellés dans le noir. Certaines étagères de personnes âgées possédant certaines de ces cassettes sont fermées comme des sarcophages que l'on réouvre après le décès de leurs propriétaires, comme un vieux manoir caché dans l'ombre, tombant en ruine si aucune conservation ne lui est accordée. 

C'est pourquoi, la mémoire de cet édifice est précieuse, car si Château a résisté à la censure, il ne résistera pas à l'oubli, sauf si nous prenons le temps d'en parler, de raconter l'histoire de "Maniac", de "Massacre à la tronçonneuse", de Belmondo, du petit dragon. Tout un conte d'émerveillement, de rire, d'émoi ou de traumatisme que le catalogue a provoqué en vous, vous qui, probablement, êtes les témoins d'un âge où le royaume de la VHS avait un roi solaire, au pied duquel se postait la majesté d'un félin olympien, et dont la grandeur suprême aura marqué l'histoire de la vidéo française.  

René Château, c'était le fondateur d'un monde parallèle, celui où les vertiges du terroir, de l'ombre, du fantastique et du sang devenaient mémoire vivante incarnée par une panthère souveraine devenue un mythe noir à elle seule.

Une marque de l'adversaire imprégnée au fer rouge
Une marque de l'adversaire imprégnée au fer rouge
Une marque de l'adversaire imprégnée au fer rouge
Une marque de l'adversaire imprégnée au fer rouge

Une marque de l'adversaire imprégnée au fer rouge

Commenter cet article