VHS - Sunset Video
Il fut un temps où les étoiles n'étaient pas que dans le ciel ; profondes comme l'encre, elles brillaient aussi sur des jaquettes noires, ornées d'un logo flamboyant, SUNSET VIDEO, aux couleur du rêve américain trempé dans l'imaginaire de la VHS.
Bleu, blanc, rose... et des étoiles, comme une bannière pour les oubliés du cinéma, ceux qu'aucun festival n'osait acclamer, mais que les magnétoscopes accueillaient à bras ouverts.
Créée dans l'élan des années 80, par l'énergie d'Olivier Zameczkowski, avec Guy Mattéoni et Jean-Jacques Souplet, l'édition Sunset Video était un vrai passeur d'images, dont le premier cri fut celui de "L'Horrible Dr Orloff, et dès lors, le trio ouvrèrent leur porte à plus de 200 titres.
Une traversée dans les contrées de l'horreur, la science-fiction, l'action de sous-série, et les merveilles du cinéma indépendant américain. Ce n'était pas l'or des studios, mais l'alliage brûlant de la débrouille et de la passion. Sunset Video, c'était la canicule de "Marathon Killer", l'improbabilité de "Super Riders", le vrombissement du "Chevalier du monde perdu", la cruauté des "Yeux de la terreur", "le gloussement des "Anges du Mal", et j'en passe.
La jaquette devenait une oeuvre en soi, parfois signée de la main de Laurent Melki, cette main alchimique qui transformait le plomb d'un film ennuyeux, en rayon de dorure somptueux.
Même leurs sous-labels étaient des coups de folie : Sunrise, l'alter ego facétieux, dont la terrible "Abominator" me fait tant rêver encore. Et à travers même Brooklyn Video, RTZ, Cartoon Video, Sunset ouvrait sans cesse de nouvelles fenêtres vers des ailleurs de pellicule qu'on ne trouvait nulle part ailleurs.
Puis le soleil s'estompa, les années passèrent, les titres rejoignaient l'éclat de Scherzo, et bientôt Sunset Video fut radiée, non pas du coeur des collectionneurs, mais du registre du commerce. Et pourtant, même après le crépuscule, l'esprit continua dans la sélection de films pour La Cinq, dans les documentaires, les programmes TV, et enfin dans les mains du fils, Laurent Zameczkowski, comme une flamme fragile mais fidèle.
Aujourd'hui encore, quand un collectionneur tombe sur une VHS Sunset Video aux étoiles du passé, c'est tout un pan du bis qui refait surface. Car il n'est pas besoin de blockbusters quand on a des oeuvres aussi hypnotiques.
À Sunset Video, elle qui portait si bien son nom, c'est à son couchant que nous levons nos cassettes, car elle fut de ceux qui, dans l'ombre des rayons de vidéoclubs et supermarchés, ont illuminé des milliers de soirées avec rien d'autre qu'un boîtier noir renfermant en lui une pellicule de l'imparfait.
Et ce doux crépitement magnétique, seuls les vrais passionnés de la VHS et du bis savent entendre encore.
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