VHS - Scherzo Video
Scherzo, c'est un mot qui danse sous l'envoûtement d'un sillon oublié, un mot d'une rougeur élégante et voluptueuse, comme un souffle de soie posé sur un boitier noir.
Apparu en 1981, par la main de Daniel Cohen et Jean-Jacques Goldstuck, Scherzo Video ne fut jamais une maison comme les autres. Née d'un désir commercial, sans jamais renier l'art, l'édition s'enroule dans la mémoire de ceux qui cherchent encore, dans les caves, les vide-greniers, les vieux cartons, ces reliques de plastique noir ornées de mystère et de magnificence.
Car chaque VHS de Scherzo est une hallucination visuelle, un mirage de couleurs feutrées qui tutoie l'irréel, un velours qui caresse la rétine par sa sublimité. Des jaquettes signées Laurent Melki ou Jacques Gastineau, rien que ça... deux monstres pour une succube qui ne distribue pas des films, mais plutôt des mondes à explorer.
La belle "Lemora", avec ses contours féeriques, comme un vitrail gothique à la lumière trompeuse... Les "Femmes criminelles", sur lesquelles se dessine un cri muet "...Suppliciées jusqu'à l'horreur !"... Les classiques du X américain, aux jaquettes baroques et surréalistes, où la chair semblait flotter dans un paysage mental, comme une métaphores d'un érotisme transfiguré... Les Terror Home Video, et leur promesse d'angoisse et d'épopées improbables, tel que la VHS de "Raiders of the dead" et son rayon laser perçant la nuit des morts-vivants... Un des pires films de zombies de l'histoire, mais bordel quelle affiche !! Ces morts aux yeux livides abbatus comme des spectres mécaniques d'un Mad Max post-mortem.
Bref, même les films oubliables deviennent des trésors lorsqu'ils sont habillés par Scherzo. Car ce qui compte ici, ce n'est pas le récit, ni le film, mais l'écrin, le rêve, le fantasme de posséder un chef d'oeuvre venu d'ailleurs.
Scherzo savait transcender le genre, lui donner une noblesse iconique. Tout, dans leur iconographie, appelait la possession du regard captivé, et de l'âme du collectionneur capturée. Car lui-même le sait, que le temps a rendu les VHS plus vivantes que jamais. Tels des phares dans la brume poussée par le vent sifflant, les cassettes sont les témoins d'un âge où l'image s'écrivait sur la bande magnétique, où l'on caressait des yeux une jaquette comme on contemple une peinture de musée.
Scherzo fut un vrai creuset : art martiaux, films de jeunesse, documentaires, Fernandel, Europo 10, l'absorption de Sunset Video. Un horizon qui s'élargit sur 300 titres, tel un puzzle éclaté où chaque pièce est le fragment inédit d'une mosaïque cinématographique.
Même Dounia Video, dans les années 90, trouvera en Scherzo un dernier souffle de distribution avant le repos éternel. Et puis un jour tout s'arrête...
1992 : le siège déménage à Pantin. 2005 ; la radiation. Mais l'oubli, lui, n'emporte jamais les belles choses. Car chaque pellicule chatoyante de Scherzo reste une clef d'ombre pour celui qui, dans la lumière d'un vidéoclub disparu, cherche encore l'éclat bleutée qui surgissait derrière ce mot posé comme un ruban rouge et dansant : "SCHERZO".
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