VHS - American Video
Petit frère de sang de Hollywood Video, né en 1986 de l'alliance entre Jean-Jacque Vuillermin et Frank Lipsik, American Video convoqua les ténèbres avec témérité pour donner un écrin à des oeuvres inqualifiables, déchirées entre le gothique, le grotesque, l'érotisme et la folie.
Si Hollywood Video fut une porte d'entrée vers le vertigineux empire du fantastique pour toute une génération précipitée dans l'abîme, American Video en fut le miroir. Un miroir plus fou, plus audacieux, plus possédé.
Distribué par Clean Productions, la firme se lança à l'assaut du marché français avec une voracité rare et avec l'audace de graver dans la bande magnétique le murmure d'un cinéma fiévreux et halluciné.
Chaque VHS American Video était une offrande au sacrilège !
Entre la distribution de deux des plus célèbres rituels du pape du gore, Herschell Gordon-Lewis, "2000 Maniacs" et "Blood Feast" (qui étaient inédits en France à l'époque), l'exaltation de l'étrangeté française avec le mythique "Devil Story" de Bernard Launois, la symphonie fauchée "Mad Mutilator" (alias "Ogroff") de Nobert Moutier et la poésie macabre du cinéma hexagonal avec la distribution des Jean Rollin, American Video a pu donner la voix à ces artisans du terroir et transformait les vidéoclubs en cavernes d'Ali Baba, des cavernes hantées par certaines jaquettes somptueuses (on retiendra "Lèvres de Sang" ou "Fascination" pour l'exemple), mais aussi par certaines jaquettes qui saturaient la rétine, telles que "La Nuit des Traquées" ou "Le Monstre qui vient de l'espace", ou bien qui promettait l'extase de l'improbable ("Tonnerre" 1983, à mi-chemin entre Rambo et le western spaghetti, ou encore "Les temps sont durs pour les vampires" avec ce bon vieux Christopher Lee qui, avec son sérieux habituel, tourne son rôle vampirique à la dérision). Sans oublier la fameuse maladresse de la VHS de "Toxic AvAnger" mal orthographiée (que je n'ai toujours pas, hélas), un lapsus technique plutôt touchant, car cela nous rappelle que derrière l'objet, il y avait des hommes, des gestes sincères, et de la passion.
American Video, ce n'était pas une simple maison de production, c'était un embrasement de l'épouvante, une maison de cris muets, de silhouettes en flamme, de morts-vivants au regard doux, un tonnerre explosif de couleurs et de splendeurs aussi bien gravées sur la bande que dans nos coeurs.
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