VHS - Warner Home Video
Il fut un temps où le blason de Warner scintillait comme un sceau d'or gravé à la surface même de la pellicule. Un temps d'ordre, de mesure, de grandeur classique, où le cinéma miniaturisé dans un gros boitier de plastique noir gardait la posture droite d'un roi en exil.
C'est en 1978, sur les terres sacrées Américaines, que naît WCI Home Video en Californie, bientôt rebaptisé Warner Home Video. Et dès 1981, avec la création de Warner Filipacchi Video, la France voit débarquer ce géant de la distribution, guidé par Jacques Souplet, artisan d'un pont entre la musique, l'image et le rêve domestique.
Warner, c'était l'idée d'un cinéma majestueux, institutionnalisé, presque intouchable, qui dressait des colonnes, traçait des lignes, imposait une charte graphique internationale : fond noir, double filet, affiche centrée, logo impérial etc... Sa jaquette, très reconnaissable et dotée d'un étrange pouvoir nostalgique chez les collectionneurs du vintage, devenait un manifeste, une esthétique du sérieux, une solennité visuelle partagée de Tokyo jusqu'à Londre, de Madrid jusqu'à Paris.
Les VHS Warner de location, cette collection secrète d'éblouissements, jalousement gardées dans des vidéoclubs, étaient comme des reliques modernes, précieuses, désirables, souvent interdites à la vente, comme pour rappeler que le cinéma était encore sacré, et non à brader comme une simple marchandise.
L'uniformité royale de 128 titres (VHS, Betamax et parfois même V2000) frappe encore aujourd'hui par l'étrange beauté du verso, presque désuet, d'un charme rétro qui nous évoque les journaux à l'odeur poussiéreuse et cartonnée.
Hélas, nul empire n'est éternel.
À la fin des années 80, l'acquisition du catalogue Turner, puis de MGM-UA en 1990, ouvre les vannes d'un marché devenu fleuve. Warner Home Video, dans sa quête de rentabilité, abandonne peu à peu sa figure d'élite au nom de la stratégie commerciale et l'innovation technologique ambitieuse. Elle inonde les rayons, s'abandonne à la grande distribution, perdant la cohérence visuelle qui faisait d'elle une cathédrale de plastique noir.
En 2001, Warner Filipacchi Video est dissoute. Le nom se répand dans le béton des fusions : AOL Time Warner, Warner Media, jusqu'à aujourd'hui dans des bureaux partagés avec le groupe M6, loin des temples de celluloïd, loin des clubs de quartier où les jaquettes passaient de main en main comme les joyaux d'un temple sacré.
Et pourtant... Des passionnées, des collectionneurs, gardiens du feu, recherchent encore activement ces Warner de Locations, reconnaissables au premier coup d'oeil.
Les plus puristes (pour ne pas dire "ces autistes finis"), exigeront une rigueur d'authenticité à chaque acquisition, allant du boitier d'origine à la cassette elle-même, jusque dans la couleur des vis et le pressage premier de l'objet. De vrais historiens ulcérés par le moindre changement de boitier, qui savent que derrière ces VHS, se cachent des instants d'Histoire de nuits fantastiques où l'on découvrait, parfois, le cinéma comme on ouvrait une tombe enchantée.
"Sérigraphiée" fait justement partie du langage des autistes de la VHS. Alors prenez garde... Ils vous attendent au tournant.
En somme, Warner, ce n'était en aucun cas la démesure sauvage du cinéma, mais plutôt la colonne vertébrale, l'ossature monumentale, le palais de marbre du magnétoscope pour lequel certains sont prêt à débourser entre 30 et 150 euros la VHS. (On ne compte plus le nombre d'érections provoquées par la première édition de "Vendredi 13")
Et malgré sa dissolution dans l'indifférence des supermarchés, ces cassettes VHS demeurent comme une marque ancienne d'une époque vibrante, un chant grave qui bourdonne dans l'esprit des cinéphiles qui ont eu le privilège de parcourir les vidéoclubs de jadis.
S'il existait un épitaphe sur la tombe de ce bastion du cinéma à domicile ce serait : "Ici repose un vertige d'ordre dans le chaos du rêve".
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