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VHS - Haxan Films, ou la soif du mal

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VHS - Haxan Films, ou la soif du mal

Dans le ventre obscur de la vidéosphère française, alors que les géants distribuaient en rangs serrés les blockbusters bien peignés de l'Amérique triomphante, Haxan Films s'est levée en 1993 comme une incantation, un sabbat d'images et d'audaces, soufflé par une excentrique liberté.

Née non d'un plan marketing, mais d'un pur élan viscéral, la structure fondée par Bruno Maracone, Claude Giroux et Patrick Nadjar fut d'abord un cri dans la nuit, puis une pulsation à l'aube d'un jour nouveau, et, enfin, une brûlure au zénith de leur passion.

Dans les recoins d'une France encore frileuse à l'extrême, les premiers balbutiements d'Haxan Films surgissent comme une épidémie clandestine. Là où d'autres distribuent les rêves des foules, eux vont livrer les cauchemars des marginaux.

 

La VHS du cinéma interdit

La VHS du cinéma interdit

Haxan Films, c'est la cassette indépendante qui se lit comme un fanzine, c'est le cinéma souterrain dans sa forme la plus fiévreuse, c'est la vile puanteur qui embaume les sombres ruelles tapissées de selles et d'urine. Et comme des chamanes au sommet du tabou, le trio invoquèrent le cinéma gore, expérimental, déviant, halluciné et caverneux. Avec une ligne éditoriale "située entre John Waters et David Lynch" selon eux, le spectre d'Haxan Films parcourait les oeuvres de Richard Kern, Jan Kounen, GG Allin, Jim Van Bebber, Jorg Buttgereit, allant même jusqu'à la Troma.

Une sélection disparate pour un esprit qui n'était qu'Un : montrer ce que personne ne voulait voir. Car Haxan Films, c'était une philosophie, presque une contre-église. Un autel d'images étranges sur lequel on sacrifiait le bon goût. Un purgatoire qui renfermait des objets filmiques torturés, censurés, où règne la monstruosité au service de la divine obscénité.  Ils sortirent même "Santa Sangre" de Jodorowsky avec une immense fierté, celle d'exposer une fresque macabre et sublime, comme un saint suaire tendu vers les cieux. Mais aux entrailles des enfers se trouvaient "Sweet Satan", "The Incredible Torture Show", "Vibroboy", "Le Roi des morts", allant jusqu'à l'insoutenable "Camp 731". 

Les commerçants rechignaient à l'idée de les mettre en rayons, les vidéoclubs hésitaient, mais la légende se propageait, de bouche à oreille, de main à main, dans les marges et les caves, dans la crasse et l'humidité.

Ensorcelé par le désir et la mort
Ensorcelé par le désir et la mort
Ensorcelé par le désir et la mort
Ensorcelé par le désir et la mort

Ensorcelé par le désir et la mort

Haxan Films, c'est aussi un mode de vie : pas de profit, pas de calcul, juste la dévotion pure à l'idée que le cinéma peut tout oser, et surtout tout montrer. 

Aujourd'hui, alors que les algorithmes étouffent l'inconfort, alors que les plateformes dissolvent le risque dans l'aseptisé, le nom de Haxan Films résonne comme une vieille conjuration, comme une VHS maudite que l'on découvre dans une brocante, et qui, en grésillant dans le magnétoscope, rouvre les portes du pandémonium et du supplice. 

Exorcister, liaison dangereuse entre l'écolière et la tentacule
Exorcister, liaison dangereuse entre l'écolière et la tentacule

Exorcister, liaison dangereuse entre l'écolière et la tentacule

Haxan Films refuse le compromis, refuse le lisse, refuse l'oubli, car l'édition n'est autre que la mémoire dévorante d'un cinéma à vif, que le téléchargement n'a pas su profaner, parce qu'il n'était pas simplement question de films, mais de croyance, de rituel, de passion jusqu'à l'extrême, et pour l'extrême. 

Aujourd'hui, l'édition n'a pas disparu. Elle hante encore les étagères de certains initiés, les songes des collectionneurs les plus avertis, et habite le coeur battant de tous ceux qui pensent que le cinéma underground, le vrai, le brut, le dérangeant, se vit avant tout au bord de l'abîme.

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