La Cassette VHS - Totem magnétique d'un cinéma fantastique
Le support VHS est plus qu'un objet. C'est une matière vivante, un fragment du cinéma que l'on peut saisir à pleines mains, faire glisser sensuellement dans la fente d'un magnétoscope pour entendre un orgasme de sonorités mécaniques avant l'apparition de l'image sur nos écrans, tel un rituel de passage avant la découverte d'une oeuvre obscure, personnelle, interdite, maudite, mythique ou fantastique.
Car là où le DVD est froid, lisse et clinique, la VHS contient une étrange chaleur, une odeur bien à elle, comme si un souffle s'en échappait, comme si le septième art se mettait enfin à respirer pour nous transmettre sa vitalité.
Mais si la VHS a su donner l'illusion qu'elle prennait vie, nous avons à présent l'impression de la voir se détériorer, de la voir vieillir... de la voir mourir.
Elle devient un vieux souvenir qu'on chérit justement pour ses défauts, ses fantômes cinématographiques, ses ombres dansantes à l'écran, ses couleurs baveuses comme si une époque se liquéfiait sous nos yeux.
La bande magnétique, lovée dans son boitier de plastique noir, évoque la pellicule, la vraie, celle des salles obscures. On la sent presque. Son odeur exhale un parfum d'huile, de métal, de poussière, de plastique, une senteur qui se superpose au son que la boîte produit lorsqu'on l'entrechoque contre le claquet du magnétoscope.
Mais surtout, la VHS est un format de la jaquette...
Haaaa putain, la jaquette... large, voyante, tantôt envoutante, tantôt provocante. Souvent flamboyante, parfois grotesque, mais toujours intrigante. Une oeuvre à elle seule !
Les affiches de films, reines impérieuses et fatales, s'alignaient sur les étagères concupiscentes des vidéo-clubs, les phrases d'accroche attiraient ton regard en soif de sensation, les interdictions aux moins de 18 ans t'avertissaient du danger, les monstres menaçants et dégoulinants s'avançaient vers toi, les titres hurlaient de douleur et d'effroi, bref... La sublimité du fantastique, de l'horreur et du gore promettaient l'interdit, l'excès, le malaise, le plaisir coupable, à travers "des films que vous ne verrez jamais à la télévision".
Comme "Massacre à la tronçonneuse", "Evil Dead", "Parasite" ou "Face à la mort", la VHS pouvait être un écrin de noirceur qui semblait renfermer une indicible malédiction. Les jaquettes de l'horreur faisaient régner la terreur, un empire du trouble sur lequel se posaient nos regards candides, comme si les titres de films étaient des mots de passe pour franchir les portes de l'inconnu et de l'extase. Et nous, telles des lucioles fascinées par les ténèbres, nous nous laissions hypnotiser par cette lumière noire, et par l'incandescence des couleurs feutrées, enivrantes de sublimité.
Possédés par une époque révolue, ces grimoires sulfureux circulaient parfois comme des légendes urbaines. Le vidéo-club était leur sanctuaire, dans lequel une fantasmagorie de folie créative s'animait à l'instant même où le crépitement et le grésillement introduisaient la fête.
Et moi... faisant partie de ceux qui n'ont connu la VHS qu'à la marge, à travers de simples contes animés : Disney, Astérix, Pokémon, Le petit Dinosaure, Guignol...
Mais même là, dans ce cocon d'innocence, la magie s'opérait. Je ne peux visionner certaines oeuvres qu'en VHS... Comment oublier les cassettes du Roi Lion et de La Belle et la Bête, toutes deux introduites par des bandes d'annonces inoubliables, et parfois traumatisantes (The Muppet Show), amorçant une ambiance sans pareille que même le blu-ray ne saurait reproduire. Et cette nostalgie, voyez-vous, elle se collectionne aussi.
Aujourd'hui, à l'heure où le numérique dématérialise, compresse, efface toute empreinte, la VHS, elle, demeure magnétique. Elle attire encore, elle envoûte, elle pulse un sentiment mystique, même chez ceux qui ne l'ont pas vraiment connue. Elle ne parle pas seulement à la mémoire, mais aussi à l'âme du collectionneur et des cinéphiles rattachés au bonheur. Nombreuses sont les boîtes noires à contenir des oeuvres qui ne verront jamais le jour sur support DVD ou Blu-ray. La VHS est le vestige d'un rapport au cinéma qui dépérit : un rapport sensuel, aventureux, sentimentale, palpable, passionnel. À l'ère où l'internet n'était qu'un embryon, il fallait sortir, chercher, fouiller, espérer, attendre, puis savourer.
Avec la VHS, le cinéma se méritait !
Dans les bibliothèques sacrées des collectionneurs, se trouvent des objets disparus et oubliés, retrouvés dans des vides greniers sépulcraux, dans des vidéo-clubs à l'agonie, dans des lieux crépusculaires depuis lesquels il fallait sauver une face cachée du cinéma. En jouant une VHS d'un film déterré, tel que "Eaux Sauvages" ou "Nuits Sadiques", on ne regarde pas seulement un film... on pratique la nécromantie en redonnant vie à ces cadavres délaissés. Mais surtout, on continue de les porter dans nos coeurs.
Encore aujourd'hui, les VHS continuent de tourner, de vibrer, de craquer doucement, comme des vieux films que l'on a jamais cessé d'aimer, et que l'on ne cessera jamais de rembobiner.
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